Atlantide

Les lames s’entrechoquent. Le souffle haletant des combattants résonne dans la cour. Plus loin, à l’ombre de l’immense bâtiment derrière eux, deux autres jeunes les observent, concentrés sur leurs gestes afin de déceler de potentielles erreurs. Le frère et la sœur au centre de la piste sont luisants de sueur et leurs traits sont marqués par la fatigue. Leur prestance habituelle serait presque oubliée sans l’assurance et la précision qui animent chacun de leurs mouvements. Malgré la chaleur étouffante, aucun d’entre eux ne se plaint ou n’envisage d’abandonner. Cette pensée ne traverse même pas leurs esprits. Une femme arrive derrière les deux spectateurs. Sa peau est sombre, tout comme ses cheveux et ses yeux. Son port de tête est digne, altier. Elle embrasse d’un regard la scène qui s’offre à elle. Ses longs cheveux sont tressés à la mode des Atlantes, une tiare d’or et de diamant est posée sur sa tête et sa silhouette est enveloppée dans une robe crème, bleu et or. Les couleurs de la bannière de sa cité. Elle finit par interpeller les deux jeunes devant elle.

— Comment avance leur entraînement ?

— Votre Majesté, la saluent-ils, surpris de son apparition.

La jeune femme enchaîne :

— Tout se passe comme prévu, ma reine.

— Bien. J’ai un entretien avec un messager tout droit venu d’Égypte et

l’affaire a l’air urgente, j’espère que tout va pour le mieux à Thèbes. Pré-

venez Aldjya et Kalden de me rejoindre quand ils auront terminé, conclutelle.

— Bien, Votre Majesté, la saluent-ils à nouveau.

Elle observe ses enfants encore quelques secondes avant de les saluer à son tour et de retourner à ses devoirs. Dès qu’elle sort de l’ombre des portes qui mènent au palais, des dizaines dedomestiques l’assaillent. Certains lui apportent des courriers. D’autres lui proposent de l’ombre, à boire, à manger. Ceux-là, elle les écarte délicatement, elle n’a besoin de rien. D’autres encore annoncent toutes sortes d’événements, listent des demandes d’audience, ont des questions sur les rapports entre les cités du continent et l’Atlantide de la part de dirigeants ou de nobles. Toutes ces personnes font beaucoup de bruit. Elle finit par ouvrir la bouche et demande le silence sans hausser le ton. Sa voix, lorsqu’elle exprime ses ordres, est calme et ferme. Elle encourage les coursiers à l’accompagner jusqu’à son bureau, adjacent à la salle du trône, demande aux domestiques de se diriger vers un scribe et de lui dicter les différentes demandes de leurs maîtres. En seulement quelques minutes, le calme est revenu. Plus loin, sa cour l’attend, la couve du regard. Avec admiration et respect, mais surtout, avec dévouement. Les deux spectateurs se sont détournés du combat pour tourner leurs regards vers elle, eux aussi. Ils sont impressionnés par sa force et sa majesté. Par ce qui fait d’elle la reine de la cité de l’Atlantide.

Un coup sourd ramène leur attention sur l’affrontement. Kalden est tombé. Sa sœur lui tend la main, un sourire au coin des lèvres et il rit avant de reprendre son sérieux sous le regard sévère du maître d’armes. Celui-ci appelle ses quatre disciples et leur donne des conseils. Il les corrige, comme presque chaque jour. Et comme chaque jour, ils font de leur mieux pour s’améliorer. Lorsque le maître d’armes les quitte, la jeune femme se rapproche immédiatement des héritiers pour lancer un regard moqueur au prince.

— Tu as encore perdu l’équilibre, lance-t-elle.

— Je sais, Kahina, tu me le dis à chaque fois, rétorque-t-il.

— Ça ne t’empêche pas de recommencer. Tu négliges trop ton côté

gauche, c’en devient prévisible.